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Bermudien / Marconi, la fusion lexicale

Bermudien / Marconi, la fusion lexicale

Messagepar Laurent » 19 Oct 2013, 19:59

Bonjour,

Dans le topic concernant La série des cat-boat "Punch", signée Philippe Harlé, j'utilisais à volonté le terme Marconi pour signifier le type de voilure devenu le standart absolu des voiliers depuis les années 50/60, ce que d'autres appellent la voile bermudienne.
Je ne suis pas le seul à établir une synonymie sur ces deux gréements. Les architectes eux-mêmes ne s'en privent pas. Quant au plaisancier lambda, il en use à souhait.

Pour m'avoir fait remarquer que je manquais de rigueur sur ce point là, à savoir de ne pas faire la distinction entre gréement Marconi et voile bermudienne, j'ai décidé de faire une recherche approfondie par l'entremise de ce que le web peut nous apprendre.

De toute évidence, il y a eu un rapprochement des deux termes, qui ne date pas d'hier loin de là.
Car la voile bermudienne est étroitement liée au gréement Marconi.
En fait on devrait plutôt parler de mature Marconi.
Qui s'est tout de suite associé aux voiles triangulaires…

De toute manière, ces deux termes sont de plus en plus délaissés.
La distinction se fait dorénavant grosso modo entre
- gréement en tête ou fractionné,
- cotre/sloop,
- GV classique, à plus ou moins fort rond de chute, ou à corne.
Signe des temps, que ce soit dans "Le cours des Glénans" dernière version, ou dans l'excellent livre signé Bertrand Cheret "Les voiles. Comprendre, régler, optimiser", les deux termes brillent par leur absence..


Puisqu'il s'agit d'être rigoureux, je commencerais par la définition du gréement.
Voici celle qui me semble la plus appropriée :


Gréement

Le gréement d'un navire à voile est l'ensemble du matériel situé sur le pont permettant sa propulsion par la force du vent. Il est constitué de l'ensemble des espars (mâts, bômes, tangons, etc.), manœuvres courantes (drisses, écoutes, etc.), manœuvres dormantes (étais, haubans, etc.) servant à régler, établir et manœuvrer la voilure.

On appelle gréement dormant toutes ses parties fixes :
mât, bout-dehors, queue de malet, étai, faux-étai ou bas-étai (largable),maroquin, pataras, haubans, bas-haubans, galhaubans, barres de flèche, guignol, outrigger (grande barre de flèche)

Le gréement courant est lui constitué de toutes ses parties mobiles :
bôme, wishbone, pic, barre de flèche, vergue, tangon, écoutes, drisses, hale-bas, hale-haut ou balancine, bastaques, bras, bosses de ris, garcettes


Revenons à Marconi. Un gréement a porté ce nom en référence à Guglielmo Marconi, un physicien inventeur italien né en 1874 dont les travaux ont permis le développement de la télégraphie sans fil. Les poteaux haubanées mises au point par Marconi ont ainsi inspiré les créateurs du gréement Marconi.




Pour vous permettre d'établir votre propre opinion, je vous livre pelle-mèle ce que j'ai glané sur le net.

Daniel Z. Bombigher,
un architecte regretté qui aura étudié de près la voile bermudienne, voilà ce qu'il en dit :
"Dans son Hors-Série sur les voiles de nos bateaux, Loisirs Nautiques a consacré un chapitre sur cette voilure bermudienne. S'il est relativement facile d'étudier les voiles modernes et traditionnelles, dans le domaine de la voile bermudienne, l'absence de documentation technique permet des interprétations diverses et parfois inexactes. La simplicité de cette voilure offrant de nombreux avantages à de nombreux plaisanciers, j'ai voulu apporter ma contribution à la connaissance de cette voile très spéciale, ancêtre peut-être de la voile « marconie », encore que ce ne soit pas certain du tout.

Pour tout savoir de cette voile, j'ai enquêté auprès des yacht-clubs et musées navals des Bermudes et puis, essayé et pratiqué cette voilure sur des bateaux de pêche Bahamas. Le raisonnement de cette voilure oubliée est si raffiné, qu'il est, à mon avis, génial... Meilleur que la voilure de jonque, même dans son extrême simplicité... meilleur que la voilure Marconie dans son efficacité !"


C'est quoi la voile Marconi ?



Le hors-série Voiles et Voiliers "Le parler marin" :
Marconi : 
Mât ayant donné son nom au type de gréement le plus répandu actuellement. Dérivé du Gréement 
bermudien, le gréement Marconi utilise des voiles triangulaires dont la grand voile, directement
 envoyée sur un rail ou dans une gorge du mât.
Bermudien :
 Type de gréement originaire des îles Bermudes et caractérisé par des voiles triangulaires sur des 
mâts assez haut nommés mâts Marconi en raison de leur ressemblance avec les mâts de radio TSF 
(système dont Marconi fut l'inventeur)





Wikipedia
‪Le gréement bermudien est un type de gréement de voilier développé aux Bermudes au XVIIe siècle et dont la caractéristique la plus visible consiste en une grand-voile triangulaire comme unique voile d’arrière.
L’appellation gréement marconi apparut plus tard comme synonyme à bermudien, bien qu’elle ne désigne que la manière de soutenir un mât à l’aide d’une série de haubans fixés triangulairement de part et d’autre. Elle fait référence à Guglielmo Marconi, qui contribua au développement de la télégraphie sans fil.





Lexique du “ Guide des gréements ” - Petite encyclopédie des voiliers anciens - le chasse Marée/Armen 1996
Bermudien: Gréement caractérisé par des voiles triangulaires bômées, directement enverguées sur le mât , originellement utilisées aux Bermudes. Par extension, désigne toutes les voiles triangulaires modernes correspondant aux mâtures appelées marconi



Arwen Marine
Bermudienne : voile triangulaire dotée à l'origine d'une grande têtière ou d'une toute petite vergue. Aujourd'hui synonyme de "marconi", voile également triangulaire mais plus alongée.
Marconi : forme de grand-voile triangulaire.
Je n'ai pas pu le vérifier, mais ce serait du fait de la hauteur atteinte par ce gréement au cours de son évolution, initialement utilisé dans les iles Bermudes, aurait hérité du patronyme de l'un des inventeurs du radiographe, par comparaison de la hauteur des mâts qu'il impose avec les poteaux télégraphiques. Il est amusant de noter que Bernard Moitessier aura "bouclé la boucle" en gréant initialement son Joshua avec des poteaux EDF recyclés !



Le site Mandragore (dédié jonque)
Marconi : Surnom donné au gréement bermudien, pourvu d'un mât assez haut nommé mât Marconi en raison de sa ressemblance avec les mâts de radio TSF (système dont Marconi fut l'inventeur).
Le gréement marconi utilise des voiles triangulaires, dont la grand-voile, directement envoyée sur un rail ou dans une gorge du mât.




Dictionnaire Le Petit Robert
Marconi
■ Mar. Gréement marconi, caractérisé par une grand-voile triangulaire hissée au moyen d'une drisse unique sur un mât à pible* haubané.




La voile pour les nuls - Extrait

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250 réponses aux questions du marin curieux - Extrait

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Tout ce qui vient ci-dessous est issu de glossaires divers.


Voile bermudienne.
Ce type de gréement est originaire des Bermudes d'où son nom. La voile est plus facile à hisser, une seule drisse. Pour avoir une surface appréciable le mât doit être plus haut ce qui oblige à l'haubaner. Ce type de voilure est le plus efficace pour remonter au vent (le près). On ne vit ce type de gréement en Europe qu'à la fin du XIXème, début XXème siècle. Afin d'augmenter la surface dans les hauts, la voile est lattée et forme un arrondi.

Ce gréement est appelé aussi marconi, mais ne concerne que le mât. D'ailleurs le premier bateau surnommé "à mât marconi" avait une voile à corne et un flèche et non pas une voile bermudienne ! Il s'agissait de Istria, 15 m JI dessiné par Chrles E. Nicholson en 1912. Son mât était tellement haut qu'il devait ête maintenu par un haubannage complexe que l'on assimila à celui des premières antennes radio du physicien italien Marconi....





La voile bermudienne.
Comme son nom l'indique, cette voile est originaire des Bermudes où son usage est très ancien. Cette voile est souvent jugée moderne. Il faut cependant remonter plusieurs siècles en arrière aux Bermudes et au XIXème siècle aux Etats Unis pour s'apercevoir que cette voile gréait certains sharpies ou des embarcations de pêche mais avec un balestron diagonal à la place d'une bôme. Sa géomètrie correspond à un grand triangle dont toute la partie avant - guindant - est hissée sur le haut du mât marconi (c'est le haubanage complexe de cet espar et le mât qui sont désignés par le terme "Marconi", du nom de l'ingénieur et non la voile) parfaitement haubanné par des câbles en acier.




Bermudien : voile trapézoïdale hissée avec 2 drisses sur une très petite corne. Ce gréement à évoluer en ayant une seule drisse pour donner au final le gréement marconi ou la corne est remplacée par une têtière.


Bermudien : Gréement caractérisé par des voiles triangulaires bômées, directement enverguées sur le mât, originellement utilisées aux Bermudes. Par extension, désigne toutes les voiles triangulaires modernes correspondant aux mâtures appelées marconi.




Voile bermudienne.
C'est l'ancêtre à mât à haubanage respectant les traditions, les mâts étant le plus fréquemment inclinés vers l'arrière et voile au départ sans rond de chute maintenue au mât par un transfillage, précédant le dispositif de haubanage dit «marconi» (mât vertical et voile maintenue par coulisseaux sur un rail) en référence au gréement à barres de flèches indispensable pour la supporter qui ressemblaient aux premières antennes de radio. C'est aujourd'hui la voile la plus commune en plaisance du fait de sa polyvalence et de ses performances surtout aux allures du près et de la facilité et simplicité de manœuvre. C'est une évolution des versions antérieures en deux pièces : la grand-voile (à corne) et une voile nommée le «flèche», frappée sur la corne et hissée au mât, dispositif dur et complexe à manœuvrer et moins performant. Le dispositif Bermudien/Marconi a lui-même succédé au Houari aux performances assez proches. On trouve désormais des voiles entièrement lattées et dont le rond de chute est bien plus important.



Bermudien
Le gréement bermudien est caractérisé par des mâts à pible très élevés, ayant beaucoup de quête (inclinaison) sur l'arrière et sur lesquels sont établies des voiles auriques avec corne très réduite. On en a tiré le gréement Marconi, apparu vers 1912.




Bermudien (bermudian.). Type de gréement originaire des îles Bermudes et caractérisé par des voiles triangulaires sur des mâts assez haut nommés mâts Marconi en raison de leur ressemblance avec les mâts de radio TSF (système dont Marconi fut l'inventeur).

Marconi (gréement) (Marconi rig). Mât ayant donné son nom au type de gréement le plus répandu actuellement. Dérivé du gréement bermudien, le gréement marconi utilise des voiles triangulaires, dont la grand-voile, directement envoyée sur un rail ou dans une gorge du mât.




Bermudien. adj. Désigne un type de voile triangulaire dans laquelle le guindant est assujetti sur toute sa hauteur à l'arrière d'un mât très haut (mât de type Marconi) au moyen d'une ralingue cousue dans la voile ou de coulisseaux courant le long d'un rail disposé à l'arrière du mât. C'est le type de grand-voile de la plupart des gréements modernes.

Marconi. Désignait naguère un mât de dimension plus grande que les mâts habituels de l'époque (par analogie avec les poteaux supportant les fils du téléphone, invention alors récente attribuée à Marconi), ainsi que, par extension, les gréements utilisant ces mâts. La plupart des voiliers modernes sont des gréements de type Marconi.





Ma conclusion :
Ne vous formalisez pas sur cette question.
Bermudien/Marconi. Avec l'un ou l'autre, vous vous ferez parfaitement comprendre et l'objet sera identifié avec précision.
Les langues connaissent des glissements depuis l'age des temps.
Une évolution qui les fait vivre.

Et si vous souhaitez partager vos connaissances lors de conversations techniques, n"hésitez pas !
Un peu d'histoire, c'est toujours bienvenu.



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Re: Bermudien / Marconi, la fusion lexicale

Messagepar CéCédille » 31 Oct 2015, 15:22

Intéressant et utile rappel historique !
En lisant le livre de Jean-Baptiste Labat : "Voyage aux Isles, Chronique aventureuse des Caraïbes 1693-1705"( Phébus libretto, 1993), je suis tombé (p. 169 et suiv.) sur une description précise et détaillée du gréement bermudien. Ce texte, qui date du début du XVIIIème siècle, est très précis et documenté sur la marche des navires ainsi équipés et la composition de leur gréement. Il est, de plus écrit, dans une belle langue !
C'est probablement l'une des plus ancienne mention de ce type de gréement qui ne s'est généralisé, en Europe, qu'à la fin du XIXème siècle.
J'ai mis l'extrait pertinent sur une page de mon blog :
http://diacritiques.blogspot.fr/2015/10/le-voyage-aux-isles-du-pere-labat.html
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